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Une belle journée ici ou là

Des balades, des voyages, ici ou là , au jour le jour avec pour seule envie de s'émerveiller encore et encore

Le moulin Barreau de Bonneuil-Matours, de la farine à l’électricité, une mutation dans l'air du temps

Il y a de jolis endroits partout et souvent tout près de chez soi. C'est donc à un jet de pierre que nous avons fait une belle balade le long de la Vienne et redécouvert un bel exemple du patrimoine industriel local qui sait évoluer avec le temps. Nous sommes ici en Poitou-Charentes, au bord de la Vienne, une rivière qui naît en Limousin et qui se jette non loin de là dans la Loire. Elle atteint par endroits une centaine de mètres et sa profondeur a longtemps permis la navigation jusqu'à Châtellerault. En amont, les barrages se succèdent, construits pour activer des moulins aux vocations diverses. c'est l'un d'eux que je vous propose de découvrir.

Ce dimanche de la fin du mois d'août était chaud et la fraîcheur du bord de rivière était agréable. Nous avons commencé la balade par le parc du Crémault.  Le parc et le terrain de camping sont appréciés par les familles qui viennent ici se ressourcer le temps d'un dimanche. La plage aménagée et surveillée est joyeusement animée par les cris des enfants.

Ce sont les mots de Maurice Fombeure qui a passé une partie de sa vie ici qui parlent le mieux de cette ambiance chaude et feutrée de nos villages en été.

 

"Que je l’aime ce village, à midi d’été quand il est chauffé comme un four à pain. Les coqs chantent le beau temps. Les poulesillage sont enfouies jusqu’au jabot dans un trou de poussière et de fraîcheur qu’elles viennent de creuser. Toutes les heures elles en changent. Le chien grogne et chasse des mouches imaginaires. Le chat dort sur une vieille bascule, la queue pendante. En face, dans le taillis c’est un tapage assourdissant d’oiseaux et d’insectes. Il y a de tout : le moineau, le pinson, le geai porte-cloche, la pibole. On dirait qu’ils jouent au bilboquet avec leurs voix à se rattraper." Maurice Fombeure

 

La Vienne a Bonneuil-Matours

Mais ici, de l'autre côté du village c'est le calme presque parfait.  Le plan d'eau est un miroir bleu profond où le reflet des vieilles maisons de pierres danse doucement.

La Vienne à Bonneuil Matours
Bonneuil Matours le bas-bourg

C'est le domaine du pêcheur qui vient, ici, profiter de son dimanche pour "taquiner le gardon". La pêche ne sera probablement pas miraculeuse mais quelques ablettes, une belle perche et des gardons frétillants finirons probablement dans la poêle ce soir pour une belle friture dégustée en famille.

Je me souviens des dimanches lorsque, petite, nous passions nos après-midis à la pêche.

La Vienne n'est plus guère poissonneuse mais elle le fût au point que les saumons constituaient la nourriture principales des ouvriers locaux. Ils en avaient tellement assez de manger toujours la même chose qu'ils ont fait grève. Maintenant, nous achetons à prix d'or ce même saumon mais élevé à des milliers de kilomètres. Les choses changent considérablement en un siècle. 

Une grande bâtisse gaiement  colorée par la vigne vierge borde la route. C'est le moulin Barreau. Il mérite un peu d'attention.

Le moulin Barreau à Bonneuil Matours

S'il porte maintenant le nom de ses propriétaires( la même famille depuis plusieurs générations), il portait auparavant le nom de "Grands Moulins".

Cette appellation interroge car il n'y a qu'un moulin et il n'est pas particulièrement grand...Cela tient probablement quand même à sa taille, plus imposante que celle des moulins environnants. Notre région a toujours été une région de cultures céréalières et le nombre de moulins sur la Vienne et surtout sur le Clain est très important.

Ce moulin avait aussi la particularité d'être équipé de deux roues qui actionnaient deux axes indépendants et, fait plus surprenant encore, ils appartenaient à des propriétaires différents.

Voilà probablement l'origine du nom de Grands Moulins.

Les bâtiments sont plutôt en bon état. La construction du moulin est pourtant très ancienne. On en trouve la trace au XVème siècle mais ce n'est qu'à  partir de la fin du XIXème qu'on peut en retracer l'histoire et la fonction. La marquise d'Hargicourt en est propriétaire en 1789. 

  • La Révolution change le destin du moulin

Un extrait de Pierre Massé, « Résistances aux rentes foncières dans la Vienne sous la Révolution », extrait du Bulletin de la Société des Antiquaires de l'Ouest, t. VII, 4e série, 1964, 22 p. 217 nous révèle un épisode important pour le moulin :

Dans cette région  (Le Poitou) on donnait le nom de rentes à toutes les redevances, les redevances seigneuriales étaient appelées rentes premières, les redevances foncières 1. Pp. 225-226. 2. Pierre Massé, « Résistances aux rentes foncières dans la Vienne sous la Révolution », extrait du Bulletin de la Société des Antiquaires de VOuest, t. VII, 4e série, 1964, 22 p. 217

Les trois premières assemblées révolutionnaires abolirent, par des mesures successives, toutes les redevances seigneuriales, mais les rentes foncières perpétuelles furent maintenues, elles étaient seulement déclarées rachetables au bout de vingt ans. Naturellement le locataire essaya de faire considérer toutes les rentes perpétuelles comme « premières » ou seigneuriales ; les rentiers au contraire les prétendirent « secondes » ou foncières. Ce fut une source inépuisable de procès,

Le cas le plus curieux est celui des Grands Moulins de Bonneuil-Matours qui appartenaient moyennant payement d'une rente à la marquise d'Hargicourt, laquelle les avait loués au meunier Perrin. La marquise d'Hargicourt considéra que la rente était féodale et cessa de la payer. La question fut examinée par l'administration des domaines à partir de l'an VII, la rente reconnue foncière et la marquise condamnée à payer des arrérages énormes, en l'an X. Comme elle ne put les acquitter, les moulins revinrent à l'État qui les vendit au meunier Perrin. Sous la Restauration, un certain Ledoux héritier de la marquise devint le chef du parti ultra du village, tandis que Destouche le gendre de Perrin se mit à la tête des libéraux. Ainsi le clivage politique avait-il pour origine une décision prise par l'administration des domaines en l'an X, et qui, en restreignant le sens d'une loi révolutionnaire lésait une famille noble ! I

http://www.persee.fr/doc/ahess_0395-2649_1966_num_21_1_421363_t1_0217_0000_2

Cet épisode révolutionnaire qui donna raison au meunier contre la marquise permit le changement de propriétaire. 

Les rentes versées se calculaient en boisseaux de froment ou de blé et plus étonnant encore, le prix des moulins s'évaluait en kilos de saumons. La pêche du saumon se faisait alors au harpon.

  • Le moulin de blé

Les sacs de farine produite dans le moulin étaient remarquablement décorés. Le tracé du moulin est fidèle et on y remarque, sur le toit, des lucarnes. Elles ont été ouvertes pour installer un plansichter (nom allemand désignant un blutoir plat).

Pour être consommable, la farine doit passer dans un blutoir (tamis) pour être débarrassée des impuretés et des issues de blé (amidon, son semoule, germes...) qui apparaissent après la mouture.

 

Au fait savez vous à quoi correspondent les types de farine que l'on trouve dans  le commerce? Moi je m'y perd!

Ils permettent de classer les farines en fonction de la finesse de leur grain et de leur teneur en son et autres issues de blé. 

  1. type 45 : farine très blanche, pour pâtisserie
  2. type 55 : farine blanche courante dans la grande distribution
  3. type 65 : farine blanche habituelle dans l'alimentation biologique
  4. type 80 : farine bise
  5. type 110 : farine semi-complète
  6. type 130 : farine complète
  7. type 150 : farine intégrale
  8. type 180 : farine « ancienne »

Je ne sais pas chez vous mais trouver ici de la T65  est quasi impossible. Parfois chez le boulanger... quand il veut bien en vendre.

  • De la farine à l'électricité

 Revenons au moulin, c'est au début du XXème siècle que la baronne de Champchevrier décida de l'équiper d'un alternateur ce qui en fit le premier moulin du département activé par l'électricité. On y a produit jusqu'à trente tonnes de farine par jour employant sept ouvriers.

Le surplus d'électricité produite était vendu à la gendarmerie et à quelques artisans peu éloignés. L'électricité était alors facturée en fonction des lampes à alimenter.  C'est vers 1905 que l'électricité produite fût distribuée dans tout le village par des lignes aériennes.  

Désormais la micro centrale électrique fonctionne avec une chute d'eau de 1,80m et fournit de l'électricité pendant une grande partie de l'année grâce à quatre turbines. 

Aujourd'hui le moulin ne produit plus que de l'électricité et c'est toujours une descendante de la famille BARREAU qui  à la mort de son père a pris la direction de l'usine.

L'usine électrique s'est agrandie depuis la photo du dessus prise il y a une centaine d'années.

L'usine électrique de Bonneuil-Matours

Une passe à poissons a été aménagée, sur la droite de la photo, afin de permettre la remontée des saumons et des aloses en amont pour faciliter le frai. Le comptage fait un peu en aval à la station de Châtellerault a permis de dénombrer 21 saumons en 2016 contre 2 en 2004. La progression est impressionnante mai nous ne sommes pas encore prêts à nous nourrir des saumons locaux! qui sait ils re coloniseront peut être la rivière si les voraces silures ne les mangent pas....

 

Le moulin Barreau de Bonneuil Matours
Le moulin Barreau de Bonneuil Matours
Le moulin Barreau de Bonneuil Matours

Le moulin Barreau de Bonneuil Matours

Mais on ne peut pas quitter Bonneuil-Matours sans évoquer l'enfant du pays dont j'ai parlé plus haut avec deux poêmes qui nous replongent  au siècle dernier.

 

LES ÉCOLIERS

 

Sur la route couleur de sable,

En capuchon noir et pointu,

Le 'moyen', le 'bon', le 'passable'

Vont à galoches que veux-tu

Vers leur école intarissable.

 

Ils ont dans leurs plumiers des gommes
Et des hannetons du matin,
Dans leurs poches du pain, des pommes,

Des billes, ô précieux butin

Gagné sur d'autres petits hommes.

 

Ils ont la ruse et la paresse

Mais l'innocence et la fraîcheur

Près d'eux les filles ont des tresses

Et des yeux bleus couleur de fleur,

Et des vraies fleurs pour leur maîtresse.

 

Puis les voilà tous à s'asseoir.

Dans l'école crépie de lune

On les enferme jusqu'au soir,

Jusqu'à ce qu'il leur pousse plume

Pour s'envoler. Après, bonsoir !

 

Maurice Fombeure

 

Un grand merci pour votre passage par ici et votre lecture patiente.

Passez une belle journée

 

 

Le moulin Barreau de Bonneuil-Matours, de la farine à l’électricité, une mutation dans l'air du temps

Un grand merci pour votre passage par ici et votre lecture patiente.

Passez une belle journée.

 

A bientôt pour de nouvelles visites

 

Bonneuil Matours (Vienne)

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Commenter cet article

Nell 11/09/2017 20:08

Un vrai régal que ce billet. je l'ai savouré comme une bonne soupe qui cuit au coin du feu. Que c'est apaisant de voir ces belles photos. La pêche, encore pour moi, un souvenir d'enfant. Belle soirée et à bientôt

Taniélie 11/09/2017 20:20

Quel gentil commentaire. Comme toi je partage le goût de ces choses simples qu'on aime retrouver. J'ai aimé me promener avec toi dans le village de Penne. Tu me donnes tellement envie d'aller dans cette région. Belle soirée à toi