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Le prieuré de Serrabonne dans le massif des Aspres

Aujourd'hui, je vous invite à découvrir un prieuré niché dans la montagne. Nous empruntons d'abord une petite route à flanc de côteaux. Elle serpente sur les contreforts du Mont Canigou dans le massif des Aspres et traverse des forêts de chênes-liège et de chênes verts à perte de vue.

Un arrêt à Llauro (prononcer yaurou) nous permet de découvrir l'activité de bouchonnerie, autrement dit, la fabrication de bouchons en liège)  qui y a subsisté jusqu'au milieu du XXème siècle. J'y avait consacré un article ICI .

Nous devons maintenant quitter cette petite route pour en emprunter une autre, encore plus petite qui grimpe à flanc de montagne. Petit à petit, nous nous élevons dans ce massif de la Serrabonne (la bonne montagne) pour arriver, au bout de ce chemin, dans un lieu paisible et serein, tout à fait propice au repos et à la méditation.

Rien de monumental, une simple petite église avec son clocher décalé.

L'église date du XIème siècle. A la fois église paroissiale et prieuré d'une communauté de chanoines augustins, elle rythme la vie de la population. Le  Moyen-âge voit le déclin des populations rurales et l'église est abandonnée à la mort du dernier prieur en 1612. Il faut attendre une visite de Prosper Mérimée en 1875 pour que le lieu sorte de l'oubli. 

Les abords sont soignés. Des plantes méditerranéennes, cystes fleuries, buis taillés et lavandes odorantes sculptent un joli jardin des simples où on a envie de prendre du temps pour humer l'air léger de ce coin de montagne.

Ce jardin a été recrée récemment pour rendre hommage aux paysans et aux religieux qui ont cultivé ces terres pendant un millénaire.

Ce prieuré présente deux parties remarquables, la première, c'est le cloître aérien dont la galerie à arcades s'ouvre sur le ravin creusé par le Boulés qui vient grossir les eaux du Têt un peu plus loin dans la vallée du Conflent.

Une petite terrasse de soutènement était cultivée.

 

 

Les colonnes qui soutiennent les arches de la galerie sont ornées de chapiteaux sculptés d'un bestiaire varié. Le pied des colonnes, en marbre, contraste fortement avec la rusticité du schiste des murs.

 

Les chapiteaux sont particulièrement bien travaillés, ce qui est assez rare pour l'époque.

Jusqu'au XVIIème siècle, le prieuré fût occupé par une communauté religieuse qui respectait la règle de Saint-Augustin qui organisait la vie en communauté. Quelques vestiges de cette époque permettent d'imaginer les bâtiments conventuels.

Le schéma fourni par le Conseil Général 66 permet de mieux comprendre l'organisation des bâtiments actuels. Les colonnes du cloître sont représentées par les quatre petits points rouges en bas du dessin. 

 

 

Des bâtiments , il ne reste que les arcades d'appui et une fenêtre qui laisse le regard s'évader au loin.

 

 

Réfectoire, dortoirs et salles communes occupaient ce qui est maintenant un terrasse brûlée de soleil.  Vergers et jardins potagers étaient cultivés à l'abri de hauts murs pour assurer l'autonomie des communautés qui vivaient là.  Chanoines et villageois étaient enterrés dans le petit cimetière, situé à l'arrière, côté Nord,

 

Le fond de l'abside est à peine éclairé par d' étroites fenêtres.

L'église devenue paroissiale célébrait les offices pour les habitants du village. Il fallait cependant bien séparer les deux communautés, religieuse et civile, une tribune-jubé fût donc élevée au milieu de la nef, la scindant en deux parties bien distinctes.

Cette construction, peu courante,constitue la seconde partie remarquable de l'église.

Ce dessin traduit parfaitement l'usage qui en était attendu, séparer les deux communautés.. On peut remarquer que les murs étaient entièrement peints. Ils n'ont malheureusement pas survécus aux affres subies par les bâtiment au cours des derniers siècles. L'église étant devenue aux siècles derniers une étable, pour les parties non effondrées.

La tribune n'a heureusement rien perdu de sa richesse ornementale. 

Les chapiteaux sont ornés d'un bestiaire fantastique, de fleurs et de quelques personnages.

 

 

 

Le lion de Saint-Marc orne ce chapiteau mais on trouve également l'aigle de Saint Jean sur d'autres piliers.

 

Ces faisceaux de marbre sont des éléments décoratifs de la voûte.

Depuis la mort du dernier père prieur au XVIème siècle le prieuré a été laissé à l'abandon. Les habitants du village se sont déplacés vers la vallée et la commune, faute d'habitants fût tout bonnement supprimée. Devenue propriété privée, ce sont les moutons qui y trouvaient abri les jours d'orage.

Sur cette ancienne photo, on mesure l'état de délabrement des bâtiments. C'est Proper Mérimée qui le premier fût touché par la beauté du site et l'importance séculaire du lieu. Il fût un des premiers monuments à être classé "Monument Historique" en 1875.

La famille Jonquière d'Oriola, propriétaire, en a fait don au département qui depuis 1968 exécute des travaux de remise en état.

Le portail roman de l'aile Nord a conservé sa belle structure romane. L'ancien cimetière qui jouxte l'église est témoin d'un passé millénaire dans ce lieu peu amène.

C'est un endroit qui se mérite car l'accès est toujours difficile, les croisements sont hasardeux et les ravins mal protégés mais un peu d'attention, voire de crispation valent vraiment la peine.

L'environnement, propre et bien aménagé, permet de passer un moment agréable, calme et serein qui fait du bien avant de replonger dans l'animation des villes.

 Je vous remercie de vos visites toujours encourageantes et vous souhaite une excellente semaine.

Passez une belle journée ici ou là!

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