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A Thuir, Byrrh perpétue la tradition

Je n'étonnerai personne en disant que même dans le Sud, il ne fait pas un temps de saison. Deux petits degrés ce dimanche matin de début mai dans le Vallespir. Une balade nature ne nous tente pas, d'autant plus que le vent commence à souffler fort. 

Que faire ce dimanche après-midi pour rester au chaud? Visiter un musée? une grotte? Enfin une idée qui va se révéler être une bonne idée. Allez, je vous emmène à seulement une quinzaine de kilomètres de Perpignan au coeur du Roussillon .

C'est dans la petite ville de Thuir que nous projetons de visiter les caves Byrrh.

L'avenue qui conduit aux anciennes usines est plantée de palmiers pour une ambiance très méditerranéenne.

Face à l'entrée des caves Byrrh, tout  respire Byrrh, transpire Byrrh, affiche Byrrh.

Le café d'en-face célèbre Byrrh dans un décor suranné.

Les caves se visitent tous les jours. Nous avons la chance qu'une visite démarre dans peu de temps. Je vous  reparlerai de ce bâtiment plus loin.

La visite commence par la traversée d'une ancienne cuve en bois. Ce regard inhabituel et insolite permet de  découvrir  l'assemblage des douelles de chêne et les cristaux de sucre laissés par le vin au cours de ses longs mois de stockage.

Un peu plus loin, le chevalier Printemps nous accueille. C'est plus exactement son hologramme qui nous accompagnera dans toutes les étapes de la visite avec des commentaires parfaitement adaptés. Le chevalier Printemps fût le personnage emblématique inventé en 1935 pour promouvoir la marque.

Depuis bientôt cent cinquante ans, Byrrh est élaboré ici à Thuir  et  les débuts de la marque ressemblent un peu à "un conte de fées". 

Deux frères colporteurs 

En 1866, deux frères du village de Corsavy (un tout petit village du Vallespir) traversaient le massif des Aspres avec leur mulet chargé d'étoffes. Pallade et Simon Violet étaient fatigués de cette vie itinérante. Il n'avaient qu'une envie, celle de s'établir en ville mais pour quoi faire?

Vendre du vin , La région est effectivement très viticole mais les marchands de vin sont déjà très nombreux sur le marché.  C'est Simon qui a une idée qu'on qualifierait maintenant d'innovante et qui va se révéler une idée lumineuse.  Il pense qu'en améliorant le vin par une décoction de plantes médicinales comme le faisait leur mère et en le présentant dans une belle bouteille avec une jolie étiquette, ils pourraient le vendre comme "médicament" et à un très bon prix.

Simon et Pallade Viollet sont prêts pour l'aventure. Ils trouvent un local à Thuir et commencent à préparer leur précieux breuvage tout en continuant la vente d'étoffe et de mercerie pour leur assurer un revenu stable.

Une recette aux arômes exotiques

La préparation n'est pas très compliquée. C'est d'abord un assemblage de vins qui permet d'obtenir une base à 17°qui sera améliorée avec des infusions d'arômes divers (écorces d'orange amère, café, chocolat, cannelle, sureau, colombo et surtout  du quinquina) dans des proportions toujours tenues secrètes.

Ces épices sentent très bon et parfument l'atmosphère d'effluves suaves.

Un vin "tonique et hygiénique"

Ce breuvage est vendu sous l'appellation de" vin tonique et hygiénique". d'abord vendu dans les pharmacies il est ensuite distribué dans les cafés et épiceries. Les ventes s'envolent mais les pharmaciens voient d'un très mauvais oeil cette concurrence. Le quinquina est en effet considéré, à cette époque,  comme un médicament.  Pour sortir de cette situation conflictuelle, il faut abandonner le nom de quinquina et trouver un nom commercial au produit.

Un nom étrange "qui ne veut rien dire"

Les frère Violet  sont pourtant pleins d'idées mais aucun nom ne fait l'unanimité et cela devient urgent car un procès s'annonce. Alors voilà comment le nom BYRRH est né.

Ils continuent parallèlement leur activité de commerce d'étoffes. Chaque pièce est alors référencée par cinq lettres. un nom  Et pendant qu'ils cherchent activement un nom, ils manipulent machinalement les lettres qui repèrent la pièce de drap posée sur une table.. Les lettres B,Y,R,R,H. Le mot BYRRH  naît. L'un des frères trouve qu'" il sonne bien" et qu'il s'approche du mot "bi" (vin en catalan). L'autre trouve "qu'il ne veut rien dire".  Ils se mettent cependant d'accord et la marque est déposée en 1873.

 

La visite se poursuit par les extérieurs. La haute cheminée de briques catalanes carrées servait à l'évacuation des gaz . Elle n'a aujourd'hui plus d'utilité.

Le mur extérieur du chai présente les images de la production au moment de son apogée; Elles sont très intéressantes car elles retracent les conditions de travail à l'usine Byrrh, conditions bien différentes de celles habituelles à l'époque.

ici le hall d'embouteillage

L'entreprise ne cesse de se développer. Ce sont sept cents salariés  qui y travaillent dans des conditions sociales très favorables pour l'époque. Les congés payés y étaient pratiqués bien avant que la loi les impose. La maladie et la vieillesse étaient prises en compte ainsi les anciens ouvriers recevaient une retraite assurée totalement par l'entreprise.

Les commerciaux qui sillonnaient le monde étaient hébergés dans le bâtiment  qui sert désormais d'entrée du musée (photo plus haut).

La sortie des usines dans un décor monumental.

 Des chiffres qui donnent le tournis

L'usine occupe 10 hectares en plein centre ville. On situe la porte d'entrée ( au dessus) et l'hôtel des voyageurs de commerce travaillant pour Byrrh en bas à droite.

45 millions de bouteilles étaient vendues chaque année dans le monde à l'apogée de l'entreprise. Il fût donc nécessaire de construire des cuves de stockage.

Dans l'annexe 7 sont conservées , soixante quinze cuves qui permettent de stocker 15 millions de litres de vin.  Seules sept d'entre elles reçoivent encore des apéritifs comme du Cinzano ou de l'Ambassadeur. les autres, vides sèches et le bois séchant, leurs cerclages se détachent. 

Les caves Byrrh à Thuir

Les 70 cuves sont gérées par un seul ouvrier à partir de cet immense tableau de commandes. En marbre et cuivre, elles n'ont jamais connu d'incident majeur malgré l'activité intense.

  

Les allées se répètent, identiques.

Mais rapidement ces soixante-dix immenses foudres ne suffisent plus à la production qui continue de croître. Il faut en construire de nouveaux. L'idée vient de concevoir la plus grande cuve en bois au monde en partie pour dépasser la plus grande cuve de l'époque, allemande, elle contenait 500 000 litres. Celle-ci fera plus du double.

La plus grande cuve du monde.

10 mètres de haut et 16 mètres de diamètre, cette cuve en bois est désormais la plus grande du monde. Il fallu quinze ans pour la réaliser. Les chênes nécessaires furent difficiles à trouver. C'est finalement dans une forêt de la Sarthe qu'on trouva les chênes suffisamment longs et droits. Ils avaient été plantés, à la demande de Colbert, pour construire les bateaux de la marine royale mais ne furent jamais utilisés.

Une sculpture moderne? Non le cerclage métallique de la cuve.

Une gare de type "Eiffel"

Le transport  du vin se faisait  par voie maritime à partir du port de Port-Vendres mais le chemin par la route jusqu'à Thuir prenait beaucoup de temps. 

Une ligne de chemin de fer fût donc construite et mieux encore, une gare fût installée au coeur même de l'entreprise.

C'est un très bel édifice conçu par les ateliers Eiffel. Si le train ne vient plus à Thuir les bâtiments servent toujours de quais d'expédition. 

Pour des raisons de sécurité , on ne visite plus la gare. On ne la voit que de loin. ( photo du net) 

Au cours des cent cinquante ans d'existence, la famille Violet a géré l'entreprise avec plus ou moins de bonheur. Comme souvent les héritages furent tumultueux.  Il reste cependant de ce passé de riches demeures où résident encore certains descendants des frères Violet.

Byrrh aujourd'hui? 

En 1930, à l'apogée de la marque, on produisait 40 millions de litres de Byrrh. Aujourd'hui, on en produit quarante fois moins. Une succession de fusions ont depuis 1960  abouti à la reprise totale par Pernod Ricard en 1975. Les établissements de Thuir produisent tous les apéritifs  de type vermouth de la marque (sauf Martini) et d'autres produits alcoolisés comme Soho par exemple.

 

C'est une visite vraiment très intéressante, très bien pensée avec ce qu'il faut de modernisme, les hologrammes, dans  ce monde qui fleure bon le passé.  Cette visite a une saveur  nostalgique particulière pour moi : sur cette photo, c'est ma grand-mère qui tricote à la porte de son café où on servait du BYRRH, bien entendu.

Et si vous voulez en savoir davantage, les sites, en annexe, apportent plus de détail à l'histoire de BYRRH.

 Merci de votre visite. Passez une belle journeé ici ou là.

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En route Simone 21/05/2018 21:46

Voilà encore un billet très fouillé qui ma rappelle ma visite dans cette cave.
A la fin de la visite, c'est la première fois que j'ai goûté à ce doux breuvage...

Taniélie 22/05/2018 14:31

Lorsque nous avons visité, la dégustation était très attendue par beaucoup. On a un peu oublié ces goûts forts et longs en bouche. L'apprécie moyennement.Mais c'est affaire de goût bien sûr. Très bonne journée